Trauma

du 15 octobre 2010 au 15 janvier 2011

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“Trauma” est la quatrième exposition organisée par la Fondation Francès.  Elle confronte les œuvres de l’artiste belge Sofie Muller, dont le travail est présenté pour la première fois en France, avec celles de Désirée Dolron, Tracey Emin, Lucian Freud, Douglas Gordon et Jennifer Vasher.

“Trauma” est une exploration au plus profond de nos blessures enfouies, cachées, étouffées. Des blessures qui auraient dû nous détruire et sur lesquelles nous finissons par nous construire. Des blessures qui ne nous apparaissent pas forcément au premier regard mais qui ne se détachent plus de nos yeux lorsque nous nous y attardons. Trauma n’est pas une surenchère de douleurs mais au contraire une succession de souffrances nuancées avec une part de dérision permanente qu’il faut savoir débusquer.

En psychanalyse, le sujet est souvent placé sous hypnose pour révéler ses traumas. Ici, le sujet nous hypnotise car ces souffrances intimes sont universelles. Il n’est pas question de se les approprier mais de les ressentir. Il n’est pas davantage question de juger ou de s’offusquer mais de comprendre. Ces douleurs nous ramènent souvent à une enfance que nous avons quittée mais qui, elle, ne nous a jamais quittés.

Comme nos corps portent des cicatrices, notre mémoire est scarifiée. Accidents, deuils, violences, agressions, séparations, mépris… nous portons tous à notre manière des petits et grands traumas. Nous continuerons de les subir mais il nous appartient de ne plus en infliger. Avec Trauma, l’artiste questionne cet Homme si créatif pour faire le mal. Au point que nous finissions par trouver ce mal normal. Il se banalise, s’aseptise. Le talent des artistes est de le traquer, de nous interpeller. Et de nous en délivrer une vision finalement positive puisqu’ils l’ont domestiqué et transcendé. Ils en ont fait le socle de leur travail. Le trauma subi devient une œuvre maîtrisée.

Les traumas finissent toujours par remonter à la surface et nous nous y accrochons comme des naufragés. Ils nous affaiblissent autant qu’ils nous donnent un supplément de force. Dans cette exposition, pas question de descentes aux enfers sans sursauts ni courage. Pas de surenchères non plus, on n’en est plus là. L’intérêt est ailleurs : comment faire du négatif du positif ? Comment renverser le cours d’une histoire et faire gagner la vie ? La douleur est souvent l’auxiliaire de la création.
Chez Sofie Muller, le trauma prend souvent le visage ou le corps d’un enfant, au départ émouvant, à la fin bouleversant. Entre les deux, il y a la découverte de détails infimes et intimes. Chez Désirée Dolron et Douglas Gordon, le trauma n’est pas seulement dans ces yeux absents. Chez l’une, la cécité n’est pas une absence, juste une autre vision. Chez l’autre, la cécité est un artifice, une déchirure qui nous interroge sur nos mythes bien artificiels. Chez Jennifer Vasher, le trauma devient amusement puis réflexion sur ‘notre vie médicamentée’. Chez Tracey Emin, le trauma est un cri, une composition arrangée pour nous déranger. Pour ne jamais oublier cette première féminité violée, bafouée. Chez Lucian Freud, enfin, le trauma est un mot familier avec un père comme le sien. Il prend la forme d’un corps insoumis, affranchi des règles académiques et plus encore rétif aux principes de bienséance. Chez chacun, la noirceur n’est pas de mise. Il y a une révolte, une envie farouche de se battre. Dans chaque œuvre, il y a un encouragement à entendre.

“Trauma” n’est pas pour tout le monde, elle est pour chacun. Nous y retrouvons tous un fragment de nos vies. Plus il a été émietté, plus sa quête devient salutaire. Il ne faut jamais craindre de se retrouver face à soi. L’adversaire sera à la hauteur. Il ne faut ni le surestimer, ni le dévaluer. Avoir peur de soi est la pire des peurs.  Savoir s’affronter et s’assumer ne sont jamais des victoires anodines. Finalement, les seules qui comptent.

“Trauma” n’est pas répulsif. Cette exposition nous donne l’envie de nous poser, de ne plus composer et de dialoguer sans tricher. Le silence est fait pour être rompu comme les traumas sont voués à être expulsés, explosés. Et aujourd’hui exposés.

Si Picasso prétendait que « tout acte de création est un acte destruction », “Trauma” nous prouve avec force que tout acte de destruction peut devenir un acte de création.

Trauma
Trauma
Trauma
Elza
Sofie Muller

Elza

Le regard du spectateur se porte d’emblée sur ce corps de femme. Le travail de la matière permet à cette figure de prendre corps. Sofie Muller propose dans son travail, un savant mélange entre une étude réaliste et fine du corps humain grâce à ses dessins et une étude socio-psychologique. Si cette femme présente des courbes généreuses et si sa position assise est soulignée par l’affaissement de ses formes, l’idée de gravité se trouve finalement démentie, de la même façon qu’à cette densité s’oppose la légèreté. Le regardeur a en effet l’impression d’une absence d’ancrage dans le sol, ses pieds ne semblant reposer sur aucun support. Intrigué, il constate alors qu’il en est de même pour les montants de la balançoire qui rendent possible le maintien de l’assise, qui sont comme fichés dans le vide. Le regardeur est alors surpris par le temps qu’a nécessité cette prise de conscience. Cette sculpture apparaît alors comme étant en lévitation.
Au mouvement d’oscillation de la balançoire que le regardeur se figure mentalement, s’ajoute un mouvement d’aspiration vers le ciel. L’idée de suspension, illustrée par l’équilibre précaire de la sculpture, sa position spatiale d’entre-deux agit aussi comme la métaphore de l’éloignement progressif du monde de cette vieille femme. Par un système ingénieux, Sofie Muller, artiste belge étudiant les bouleversements physiques et psychologiques chez l’être humain, nous donne à voir les ravages de la maladie d’Alzheimer dont souffrait sa grand mère. La vieillesse et l’enfance, deux périodes d’entre-deux et de mutations profondes intéressent en effet particulièrement cette artiste. L’aspect chancelant de son équilibre physique met au jour le trouble de son équilibre mental. En effet, le regard errant de cette femme, comme englouti par la matière, souligne l’entrave de sa perception du monde au sein duquel elle évolue et de sa capacité à interagir avec lui.

Année : 2009
Édition : Ed. 1/5
Matériaux : Epoxy et poudre marbre
Hauteur : 170 cm
Tristan
Sofie Muller

Tristan

Malgré ces thèmes douloureux, Sofie Muller nous offre à voir une belle sculpture, maîtrisée, pure, linéaire, et sensuelle, en opposition à leur signification. Une sculpture subversive en somme dans laquelle esthétique et éthique ne sont pas forcément unies. De ses œuvres, l’artiste dévoile une émotion particulière qui nous submerge lorsque nous sommes face elles. La sculpture combine à la fois la mélancolie, le doute, et une violence humaine exprimée par ce désir de changement d’état alors qu’ils se trouvent dans un espace limité et distancié mettant mal à l’aise le spectateur intrusif. L’artiste élabore un savant mélange entre une étude fine du corps humain et une étude socio-psychologique de notre société actuelle.

Année : 2007
Édition : Ed. 1/5
Matériaux : Bronze + lit
Hauteur : 103 cm
Largeur : 34 cm
Sarah (série Gaze)
Désirée Dolron

Sarah (série Gaze)

Année : 1997
Édition : Ed. 1/1
Matériaux : Cibachrome
Hauteur : 54 cm
Largeur : 120 cm
Blind
Désirée Dolron

Blind

Année : 1996
Édition : Ed. x/x
Hauteur : 54 cm
Largeur : 55 cm
Visuel en attente d'autorisation des droits de reproduction et représentation
Tracey Emin

The history of painting

Année : 1999
Édition : (pièce unique)
Hauteur : dimensions variables cm
Visuel en attente d'autorisation des droits de reproduction et représentation
Tracey Emin

Well + truley fucked

Année : 2000
Édition : (pièce unique)
Hauteur : 57,5 cm
Largeur : 80 cm
Naked man on a bed’ (H. 40)
Lucian Freud

Naked man on a bed’ (H. 40)

Année : 1990
Édition : (30/40 Initial.)
Matériaux : Eau-forte
Hauteur : 54 cm
Largeur : 29,2 cm
Visuel en attente d'autorisation des droits de reproduction et représentation
Douglas Gordon

Blind Liz Taylor’ (Mirror)

Année : 2004
Édition : (pièce unique)
Hauteur : 54 cm
Largeur : 61 cm
Cake
Jennifer Vasher

Cake

Année : 2009
Édition : Ed. 2/3
Matériaux : Bonbonnière en verre, médicaments écrasés
Hauteur : 30,5 cm
Largeur : 15,2 cm
They never have troubles. At least very few II.
Jennifer Vasher

They never have troubles. At least very few II.

Année : 2008
Édition : (pièce unique)
Matériaux : Assemblage de médicaments, fil de nylon
Profondeur : 25,4 cm
Diamètre : 7,6 cm