Collectionner au XXIème siècle

du 14 décembre 2019 au 15 mars 2020

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Depuis 2004, l’Association pour la diffusion internationale de l’art français (ADIAF) organise une exposition triennale intitulée De leur temps qui présente une sélection des dernières acquisitions des collectionneurs français membres de l’association. Témoignant de l’engagement des collectionneurs privés pour la création artistique actuelle, cette exposition dresse un panorama des recherches menées par des collectionneurs passionnés aux sensibilités différentes. Après Tourcoing en 2004 (Musée des beaux-arts), Grenoble en 2007 (Musée des beaux-arts), Strasbourg en 2010 (Musée d’art contemporain), Nantes en 2013 (Hangar à bananes), Villeurbanne en 2016 (IAC), c’est Avignon à la Collection Lambert, musée d’art contemporain, qui accueille la sixième édition de cette triennale du 14 décembre 2019 au 15 mars 2020.

Pour cette nouvelle édition, De leur temps prend une forme inédite et plus ambitieuse puisqu’elle plonge au coeur des acquisitions réalisées non pas seulement au cours des trois dernières années, comme les éditions précédentes, mais depuis le début du XXIe siècle : soit presque vingt ans d’acquisitions. L’exposition ne présente pas moins de 182 oeuvres prêtées par 77 collectionneurs, auxquels il a été demandé de choisir les oeuvres majeures qu’ils ont achetées depuis 2001 à des artistes vivants. L’engouement des prêteurs a été à la hauteur de l’ambition du projet : ce sont plus de 650 oeuvres qui ont été soumises au comité de sélection, formé par des responsables de l’ADIAF et l’équipe curatoriale de la Collection Lambert.

Cet ensemble considérable d’oeuvres issues de collections privées trouve toute sa place dans les salles des hôtels particuliers de l’institution avignonnaise. Celle-ci, fondée elle-même sur la collection d’Yvon Lambert, a eu à coeur, depuis sa création en 2000, de partager avec le plus grand nombre les passions de certains acteurs privés pour l’art actuel à travers des expositions devenues emblématiques (Collection d’artistes, Theorema, La disparition des lucioles, On aime l’art…!!).

Par la richesse et la diversité des propositions, du fait de l’engagement et de l’investissement des 77 collectionneurs auxquels elle rend hommage, l’exposition présentée à Avignon explore largement toutes les pratiques artistiques de ce début de siècle tout juste sorti de l’adolescence, avec les bouleversements opérés dans la création et l’appréhension des formes, la mise en oeuvre de nouveaux dispositifs sensibles, de nouvelles manières de penser, et de nouveaux gestes et questionnements. Mais elle dévoile aussi l’audace, la clairvoyance et la passion à l’oeuvre chez les amoureux de l’art de leur temps, montrant ce que peut être collectionner en France au XXIe siècle.

Le commissariat de l’exposition est assuré par Stéphane Ibars, responsable de la programmation artistique de la Collection Lambert.

Collectionner au XXIème siècle
Egg branch
Laure Prouvost

Egg branch

Avec l’œuvre Egg Branch, Laure Prouvost nous invite dans son jardin loufoque et onirique. Les matériaux opposés – le bois et le métal – se rencontrent et croisent des éléments organiques : des œufs. La branche d’arbre fragile comporte à son extrémité une casserole, avec un œuf sur le plat. Le long de la branche, des coquilles d’œufs cassées, mais également un petit pot rempli de graines. L’artiste critique par le biais de cette installation surprenante la société de surconsommation de l’homme qui œuvre au détriment de la nature, la faune et la flore en étant les victimes directes. La présence de ces œufs, possibles résidus d’un nid, agit comme le rappel de son rattachement originel à l’arbre dont elle participait de l’arborescence. De l’animal à l’assiette, l’imagerie cocasse de cette installation vise à sensibiliser le regardeur sur son impact sur l’environnement et vise plus largement à avertir sur la déforestation.

Matériaux : Mix
Hauteur : 55 cm
Largeur : 50 cm
Profondeur : 200 cm
Tristan
Sofie Muller

Tristan

Malgré ces thèmes douloureux, Sofie Muller nous offre à voir une belle sculpture, maîtrisée, pure, linéaire, et sensuelle, en opposition à leur signification. Une sculpture subversive en somme dans laquelle esthétique et éthique ne sont pas forcément unies. De ses œuvres, l’artiste dévoile une émotion particulière qui nous submerge lorsque nous sommes face elles. La sculpture combine à la fois la mélancolie, le doute, et une violence humaine exprimée par ce désir de changement d’état alors qu’ils se trouvent dans un espace limité et distancié mettant mal à l’aise le spectateur intrusif. L’artiste élabore un savant mélange entre une étude fine du corps humain et une étude socio-psychologique de notre société actuelle.

Année : 2007
Édition : Ed. 1/5
Matériaux : Bronze + lit
Hauteur : 103 cm
Largeur : 34 cm
Visuel en attente d'autorisation des droits de reproduction et représentation
Jonathan Monk

The World Without the World in Blue

Cette œuvre nous apparaît à première vue comme une toile lacérée, notre regard étant happé par le trou béant qu’elle présente en son centre. Mais à mieux y regarder, la finesse des dentelures dément ce procédé. Suivant leurs contours et voyant ainsi s’esquisser les continents européen et africain nous sommes confortés dans l’assimilation de celles-ci à des côtes. Jonathan Monk nous donne à voir un monde évidé dont les terres sont révélées par le négatif, mers et océans s’étant mués en étendues noires. L’impression d’implosion du monde est renforcée par sa disposition sur un fil, à la manière d’un linge. Cette installation ménage des replis, entravant ainsi la lisibilité de ce qui semblait être à l’origine un planisphère, en ôtant les frontières. Si l’artiste force le sentiment d’entropie en créant un déséquilibre des deux pans, il s’efface quelque peu, laissant la pesanteur de la matière s’exprimer, s’inspirant en cela dans son choix même : le feutre comme dans son traitement, des œuvres molles des artistes comme Robert Morris. Le relâchement du tissu donne alors naissance à un monde reconfiguré, somme de tous les continents, semblable à une carte en anamorphose.
The World Without The World in Blue rend bien compte de cette reconfiguration du monde, de ce retranchement des continents mais figure aussi, par ce déséquilibre des propositions, l’impression d’une soustraction plus importante créée par les replis.

Année : 2014
Édition : pièce unique
Matériaux : feutre
Hauteur : 175 cm
Largeur : 300 cm
Fabulous Beasts (Marked Lamb)
Simon Fujiwara

Fabulous Beasts (Marked Lamb)

Une toile qui n’en est pas une se confond dans un patchwork. De plus près, des bribes de peaux d’agneaux sont cousues ensemble. Une œuvre animale, bestiale, ethnique. La peau se présente sous un angle sacrificiel : celui de l’animal. On peut déceler dans la toile les nuances de carnation de la peau, les numéros inscrits, tatoués, « 205491 », le numéro de la bête. La peau d’agneau est utilisée pour fabriquer des tabliers d’apprentis, outil de protection pour le travail de l’homme. Les découpes de la peau rappellent, par leur forme, la création d’un patron, utilisé dans la couture et l’habillement. Bêtes fabuleuses (« Fabulous Beasts »), l’agneau est symbole de survie, tant dans l’histoire religieuse que sociétale. Par le sacrifice de l’animal, l’homme peut se vêtir, se protéger, se nourrir et survivre en masse. L’artiste fétichise l’idée de l’objet totem, laissant imaginer un mythe, une source ancienne et mystique, quasi pariétale. À l’appui des symboles et de l’histoire, il vient s’immiscer et critique de façon romancée la société de consommation par la force des croyances. La récurrence des motifs ainsi créés et le lien avec la société globalisée peuvent initier une assimilation possible avec des relevés parcellaires.

Année : 2015
Édition : pièce unique
Matériaux : Assemblage peaux d'agneaux
Hauteur : 130 cm
Largeur : 75 cm
Profondeur : 2 cm