a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

Manuel Álvarez Bravo

Né en 1902 à Mexico, Mexique. Décédé en 2002 à Mexico, Mexique.

Manuel Álvarez Bravo est une figure incontournable de l’avant-garde artistique mexicaine du XXe siècle. D’abord autodidacte, le style photographique de Manuel Álvarez Bravo s’affirme à travers l’étude de revues de photographie, où il découvre le travail d’Edward Weston et de Tina Modotti et la straight photography. Il s’inspire également du cinéma russe et des écrits de Sergueï Eisenstein sur le montage cinématographique, puisant parallèlement dans la littérature, la musique, la peinture. Qu’il s’agisse de l’architecture des villes ou du quotidien de ses habitants, il est guidé par la construction visuelle et plastique de ses sujets. Si Manuel Álvarez Bravo laisse une large place au hasard lorsqu’il capte la vie des classes populaires dans les rues de Mexico, il envisage chaque image comme une composition. Ce cadrage révèle aussi parfois la part d’étrangeté et de fantastique qui se niche dans le réel, dans l’ordinaire sublimé par l’artiste, une esthétique qui sera rapprochée du surréalisme, notamment par son chef de file André Breton, dont il fait la rencontre en 1938. La pratique de Manuel Álvarez Bravo répond au contexte de mutation sociale et économique du Mexique ; elle documente et reflète les transformations profondes des modes de vie et l’effervescence d’une culture moderniste postrévolutionnaire naissante.

Obrero en huelga asesinado
Manuel Álvarez Bravo

Obrero en huelga asesinado

Réalisé en 1934, Obrero en huelga asesinado (Ouvrier en grève assassiné) documente la répression de la révolte d’un ouvrier dans une raffinerie de sucre. Alors qu’il est à Tehuantepec pour un tournage, Manuel Álvarez Bravo entend ce qu’il pense être des feux d’artifice, mais découvre à la place le corps gisant d’un ouvrier en grève. Le cadrage choisi par le photographe isole le corps de son contexte ; seul le titre nous resitue le cadre de ce drame. L’ouvrier, sans nom, n’est présenté ni comme une victime ni comme un héros, mais plutôt tel le sacrifice d’une lutte sociétale. Manuel Álvarez Bravo introduit une distance critique, motivée sans doute par un impératif moral, face à la violence de la scène. Le photographe s’efface derrière l’image, et la laisse exercer pleinement sa puissance sur nous.

Fondation Francès, XXH, excès individuels et collectifs, 100 œuvres à vif et à vivre, catalogue exposition, Paris, 2026, pp. 154-155.

 

Provenance : Acquise auprès de la maison de vente Grisebach, Berlin, en 2009.

Année : 1934
Édition : Ed. x/x
Matériaux : Tirage argentique
Hauteur : 18,7 (image) cm
Largeur : 24,2 (image) cm