Trauma
Connaissance des Arts
« (…) En psychanalyse, le sujet est souvent placé sous hypnose pour révéler ses traumas. Ici, le sujet nous hypnotise car ces souffrances intimes sont universelles. Il n’est pas question de se les approprier mais de les ressentir. Il n’est pas davantage question de juger ou de s’offusquer mais de comprendre. Ces douleurs nous ramènent souvent à une enfance que nous avons quittée mais qui, elle, ne nous a jamais quittés. Comme nos corps portent des cicatrices, notre mémoire est scarifiée. Accidents, deuils, violences, agressions, séparations, mépris… nous portons tous à notre manière des petits et grands traumas. Nous continuerons de les subir mais il nous appartient de ne plus en infliger. Avec Trauma, l’artiste questionne cet Homme si créatif pour faire le mal. Au point que nous finissions par trouver ce mal normal. Il se banalise, s’aseptise. Le talent des artistes est de le traquer, de nous interpeller. Et de nous en délivrer une vision finalement positive puisqu’ils l’ont domestiqué et transcendé. Ils en ont fait le socle de leur travail. Le trauma subi devient une œuvre maîtrisée. (…) »
L'Agora des Arts
(…) Trauma est la quatrième exposition, et comme les précédentes, les œuvres présentées sont dérangeantes, pas par provocation (même si bousculer le bourgeois de Senlis semble plutôt amuser Estelle et Hervé Francès), mais pour qu’elles racontent des histoires sur l’homme et incitent à la réflexion, à l’introspection, au dialogue. « Nous avons tous les deux été confrontés à la maladie, sans doute cela a-t-il forgé notre sensibilité, nos émotions et le choix des œuvres que nous choisissons d’un commun accord – ce qui nous a beaucoup appris sur notre couple ! », explique Estelle Francès (…) Trauma est construite principalement autour de la jeune artiste belge Sofie Muller, dont la fondation Francès possède deux sculptures phares : Tristan et Elza. Des œuvres à la fois émouvantes et angoissantes qui comme celles de Désirée Dolron, Tracey Emin, Douglas Gordon, Nicholas Harper, Jennifer Vasher et Lucian Freud réunies en écho, parlent de quête d’identité, de sexe et de sang, de maladie, de sénilité et de mort…Des œuvres (photographies, sculptures, peintures, installation…) dans lesquelles esthétique et sens sont indissociables.
Catherine Rigollet
artsthree
Sofie Muller, l’absolution du sphinx
L’enfant est assis sur la table d’auscultation. Le matelas vert surmonté d’un linge blanc s’enfonce légèrement aux endroits où ses bras sans main reposent. Son tricot de peau plisse à l’avant de sa poitrine, ses jambes trop petites pour toucher le sol pendent dans le vide. Dos rond et genoux serrés, Tristan attend. Installée dans l’une des deux pièces baignées de lumière du rez-de-chaussée de la fondation Francès, l’œuvre de Sofie Muller touche en plein cœur. L’artiste belge, dont c’est la première exposition personnelle en France, est l’invitée d’Estelle et Hervé Francès, propriétaires des lieux et indéfectibles soutiens à la création contemporaine. Quatre fois par an, ils aiment à faire dialoguer des pièces de leur collection (parmi les 400 œuvres signées de 180 artistes appartenant à 40 pays) constituée autour d’un seul et unique thème : l’homme. L’exposition Trauma en est un parfait exemple, elle qui nous fait découvrir des installations de Jennifer Vasher et de Tracey Emin, un dessin de Lucian Freud, des photographies de Désirée Dolron et de Douglas Gordon. Toutes ces pièces, aussi pertinentes et intéressantes soient-elles, n’arrivent pourtant pas à détourner le visiteur de l’œuvre de Sofie Muller. Par la fenêtre, Elza, installée sur une balançoire dont les cordes ne sont attachées à rien, maintient son équilibre de la pointe des pieds ; à quelques mètres d’elle, Jesse, également tout de marbre époxy, se retourne pour observer les gouttes de sang échappées de sa culotte – matérialisé ici par des fleurs rouges. Dans la pièce d’à côté, Alice est au coin. A l’étage, Eve dessine des ronds de sang sur un mur blanc et Shemale découvre son sexe de petit garçon. A la cave, Oscar a perdu ses cinq sens.
Il est ici question de blessures, cachées ou révélées, de souffrances, physiques ou psychiques, de sentiments opposés, de réflexion sur la mémoire et l’identité, celle que l’on possède à la naissance, celle que l’on se découvre ou celle que l’on nous impose. Si l’exposition s’attache à montrer que tous les traumatismes de la vie, petits ou grands, finissent toujours par remonter à la surface et que les artistes peuvent mieux que quiconque les apprivoiser jusqu’à les transcender, chacune des œuvres de Sofie Muller matérialise un état mental, fruit d’une contradiction entre le corps et l’esprit. Elle s’interroge sur les transformations, le désir, la déficience et l’exclusion et joue des contraires : le péché et l’innocence, la liberté et l’enfermement, le désir et le refoulement, la vie et la mort, qui toutes deux ont pour symbole le sang, celui dont elle se sert, le sien. Deux périodes de l’existence retiennent particulièrement son attention : l’enfance et la vieillesse, deux moments d’intenses changements, de mue, sujets de prédilection chez cette artiste des métamorphoses qui souvent orne sa signature d’un papillon ! Sofie Muller explore la notion de passage. L’œuvre qui naît de cette réflexion est d’une cohérence remarquable. Elle n’accable pas, elle touche au plus juste et nous amène une meilleure compréhension, à plus d’empathie, d’humanité. Ses sculptures, aussi émouvantes que belles, réconcilieraient ceux qui voudraient encore opposer intelligence et beauté. Un dernier regard vers Tristan, lui dont le sien a été effacé, et la porte de la maison se referme sur une enfance, une vie partagée.
Marie-Laure Desjardins
Le Parisien
(15 octobre 2010)
La galerie d'art la plus décalée de Senlis crée encore l'événement avec sa nouvelle expo, « Trauma ». Invitée d'honneur, l'artiste belge Sofie Muller présentera pour la première fois son travail en France, des sculptures et dessins exposant au grand jour les blessures secrètes de l'âme humaine. Des œuvres issues de la collection Francès par d'autres artistes complètent cette exposition. (…)
RVM FM
« (…) Trauma, la quatrième exposition de la Fondation Francès à Senlis, confronte les œuvres d’une jeune artiste belge avec celles d’artistes plus reconnus comme Lucian Freud, ou Douglas Gordon afin d’établir un dialogue entre elles.
Il en résulte une formidable approche des traumatismes et autres blessures secrètes qui laissent apparaître, finalement, une énergie positive, vitale. Les belles sculptures en marbre et époxy de Sofie Muller viennent ainsi côtoyer les installations de l’américaine Jennifer Vasher et de l’anglaise Tracey Emin, en passant par les photographies de Désirée Dolron.
Une exposition éclectique en somme, mais qui réunit ces œuvres autour d’un seul et même dialogue. »
Artistik Rezo
« (…) Trauma est une exploration au plus profond de nos blessures enfouies, cachées, étouffées. Des blessures qui auraient dû nous détruire et sur lesquelles nous finissons par nous construire. Des blessures qui ne nous apparaissent pas forcément au premier regard mais qui ne se détachent plus de nos yeux lorsque nous nous y attardons. Trauma n’est pas une surenchère de douleurs mais au contraire une succession de souffrances nuancées avec une part de dérision permanente qu’il faut savoir débusquer. (…) »
Picardie Tourisme
« Trauma est la quatrième exposition organisée par la Fondation Francès. Elle confronte les oeuvres de l’artiste belge Sofie Muller, dont le travail est présenté pour la première fois en France, avec celles de Désirée Dolron, Tracey Emin, Douglas Gordon, Jennifer Vasher et Lucian Freud. »
alternatif-art
Les traumas finissent toujours par remonter à la surface et nous nous y accrochons comme des naufragés. Ils nous affaiblissent autant qu’ils nous donnent un supplément de force. Dans cette exposition, pas question de descentes aux enfers sans sursauts ni courage. Pas de surenchères non plus, on n’en est plus là.
L’intérêt est ailleurs : comment faire du négatif du positif ? Comment renverser le cours d’une histoire et faire gagner la vie ? »