Mort ou vif
L’Express
(9 octobre 2009)
Mort ou vif, à la Fondation Francès
(…) Autour d'un thème, "Mort ou vif", une sélection d'œuvres choisies se mêle à celles de l'artiste invité, Dimitri Tsykalov. Dans sa série "Meat", Tsykalov met en scène des hommes et de la viande. Les premiers sont nus, la seconde habille des fusils ou sert de masque. Il y a autant de violence que de dérision dans cet assemblage où les visages demeurent inconnus et répondent, comme en écho, aux photographies de Jeffrey Silverthorne et Andres Serrano, prises dans une morgue. Recouverts d'un drap, comment reconnaître ces regards anonymes, l'air endormi ou aussi effrayant que l'autoportrait en désespéré de Courbet. Qu'elle soit signée de Désirée Dolron ou de Regina José Galindo, chaque œuvre correspond avec l'autre, crée un dialogue et remue un sentiment personnel où la confrontation avec la mort attire autant qu'elle révulse.
Belinda Saligot
Le Figaro Magazine
(N°20272 – Samedi 3 octobre 2009)
« La première exposition, à voir jusqu’au 19 octobre, met en scène le travail du Russe Dimitri Tsykalov, en partenariat avec la galerie parisienne Rabouan-Moussion, ainsi que différentes œuvres de la collection, signées Andres Serrano ou Jeffrey Silverthorne. (…)
« Nous ne craindrons pas d’exposer des œuvres qui ne répondent pas aux canons de l’esthétique. Le choix de la Fondation se portera toujours sur des œuvres que l’on n’oubliera pas. »
Delphine Herbette
Le Journal des Arts
(N° 317 – 22 janvier 4 février 2010)
Dès sa première exposition en septembre dernier, la Fondation Francès, à Senlis, annonçait son goût du risque par un titre choc. "Mort ou vif" présentait la série "Meat" de Dimitri Tsykalov en regard des œuvres de la collection Francès, dont la série "Morgue" d’Andres Serrano. Entre les kalachnikovs en bifteck de Tsykalov et les cadavres autopsiés de Serrano, l’expérience photographique commençait dans l’estomac (et pouvait aussi s’y terminer pour les âmes sensibles).
Images Magazine
(N° 36 – Septembre octobre 2009)
(…) L’exposition inaugurale est concentrée autour du travail de Dimitri Tsykalov, présenté l’année dernière à la Maison Européenne de la Photographie. Dans sa série "Meat",il photographie des individus équipés d’armes de chair et de sang, dégoulinant de violence. Entre obscénité et épouvante, ces images sont associées à celles de Désirée Dolron, Andres Serrano et Jeffrey Silverthorne sur les cadavres, explorant eux aussi les limites du convenable et la représentation du corps en nature morte. Un ancrage introductif dans l’histoire de l’art puisque l’on songe immanquablement à Mantegna ou Grünewald.
Photo.fr
(1er octobre 2009)
Dimitri Tsykalov inaugure la Fondation Francès
Un nouveau lieu consacré à l’art contemporain voit le jour au cœur de Senlis : la Fondation Francès, créée par Hervé et Estelle Francès, amateurs d’art et collectionneurs. L’originalité de la Fondation est d’être à la fois une galerie et un lieu d’exposition. Le principe des expositions sera de faire dialoguer les œuvres d’un artiste invité avec des pièces issues de la collection Francès.
Dimitri Tsykalov est le premier invité (en partenariat avec la Galerie Rabouan-Moussion, Paris) de ces rencontres esthétiques avec l’exposition "Mort ou vif". Il réunit autour de lui les œuvres de Désirée Dolron, Andres Serrano, ou Jeffrey Silverthorne…
blog.topolivres.com
(4 octobre 2009)
Ni timorée ni surlignée par un amoncellement d'œuvres, "Mort ou vif" est une exposition tactile qui échappe totalement aux tares de l'époque. Si certaines photographies délivrent leur violence inexorablement, la provocation ne trouve pas le moindre strapontin dans cet accrochage lumineux où la sensation du sablier intime que nous portons tous en nous - suis-je mort ou vif ? - domine. La liberté ambitieuse d'Estelle et Hervé Francès est une force. Elle irrigue la composition d'œuvres qu'ils jouent ensemble. Pas d'outrance démonstrative donc mais bien une pudeur remarquable, phosphorescente et sans mots vains - suaire, linceul, draps immaculés semblent s'extraire comme évanouis de la blancheur des murs de la maison aux alentours des œuvres -, dont l'on perçoit le souffle longtemps encore après avoir quitté l'exposition.
"Mort ou vif" est une exposition qui dit bien son nom. Il n'y aura pas de détours, juste une succession d'émotions fortes, d'étonnements mémorables. Une exposition qui réunit des artistes venus de Russie, du Guatemala, d'Autriche, des Pays-Bas et des Etats-Unis (…) : Dimitri Tsykalov (Galerie Rabouan-Moussion) se trouve en dialogue avec des œuvres de Désirée Dolron, Regina José Galindo, Werner Reiterer, Andres Serrano, Jeffrey Silverthorne (…)
Dimitri Tsykalov part de loin. Des bouleaux des forêts immenses de sa Russie natale, il a d'abord tiré la matière première pour des installations boisées. (…) Puis, l'œuvre de Dimitri Tsykalov a poussé ses branches bourgeonnées jusqu'à la floraison. C'est la période des cartes bancaires en pelouse plantée ou en fibre de laine effilochée, tandis qu'une Porsche 911 en bois reproduite à l'échelle 1 contient son propre destin à l'intérieur de son coffre : un kit du parfait jardinier y donne à chacun le moyen de hâter la destruction de l'œuvre afin de la rendre à sa destination initiale : végétale. L'assassinat lent et moussu est perpétré avec arrosoir, binette et force pelletées de terre. C'est peu de dire que cette voiture roule à tombeaux ouverts. (…)
Du bois Dimitri Tsykalov passa à la chair. (…) Le travail exposé en 2009 à la Fondation Francès est l'aboutissement de ce chemin et les corps qui s'y exhibent sont tous les blessés en attente de réparation de la salle d'opération que je viens de décrire, ronces et racines, attelles et ligatures. D'évidence, la chambre noire de Tsykalov est d'abord une chambre à opérations. Les corps s'y ouvrent avant que d'y être observés.
Or ces corps produisent chacun leurs propres blessures et leurs propres chairs. Ils fleurissent de tripes et de sang comme la fleur s'épanouit et comme le bois propage ses branchages. La destruction niche toujours, incluse, dans l'objet - ici dans le sujet -, cependant elle vient pirater la peau en lui ajoutant de la peau, le sang s'abreuve de sang à même l'épiderme et les organes devenus hybrides amplifient leurs excroissances car la chair animale s'est jointe à la plasticité humaine, le temps d'une prise de vue. (…)
La chair à canon trouvera sous la lumière des spots, dans les interstices et plis du corps, des anfractuosités et des orifices où pénétrer. Anamorphoses étrangement réifiées et pactes de sang, chaque posture, chaque attitude, chaque corps ainsi au contact pense son propre corps blessé. Le corps en charpie que chacun porte en soi, avec soi, accroché autour des cous et des tailles est invisible. Tsykalov rend sa visibilité à la part de l'autre incarnée en nous. Et c'est terrifiant.
L'essentiel ici tient dans la monstration de la sauvagerie : la chair tranchée tranchera bientôt son prochain. Il ne s'agit pas de montrer l'irregardable ni le liseré de la frontière de ce qui peut être montré. Personne ne sait voir la mort ou la douleur. Mais le talent littéralement fantastique de Dimitri Tsykalov désigne un supplément de chair qui est aussi un supplément d'âme. (…)
En lieu et place du "Radeau de la Méduse", Dimitri Tsykalov propose des hommes casqués de viande animale, tenant à bout de bras un drapeau de tissus conjonctifs, de chairs recousues dans un sac de civilisation ensauvagée, meurtrie, tendre et violente... confondant. (…)
Fusils, mitraillette, revolver de viande reconstitués viennent se plugger aux corps multiples, tatoués et raturés par la vie.
Devant ces abats, ces oripeaux et ces restes, la photographie fait reddition. Le pigment pictural jaillit du noir profond des fonds, du carmin puissant des sangs et de l'albâtre irisé des viandes. Comme si chaque photographie pissait, vomissait et excrétait la peinture. Le format de la chair s'expose en grand et se vit en petit, dans le détail fourmillant des anatomies. Sur son billot visuel, notre oeil tranche et découpe ces corps rebondis d'armes de guerre comme un paysage étal sans temps et sans histoires. Ne reste que les restes, et au centre d'eux deux regards, celui du canon et celui de l'Homme qui le tient, aux chairs unies pour un assaut photographique où la beauté tragique d'une vision respire, à fleur de peau. (…)
Dans ces images, je reconnais la meurtrière en moi, je reconnais l'amour et la morte en moi, dans ces images, je reconnais ma chair à canon pour la suite de mon existence. Par contraste, la viande secondaire sur les clichés, celle qui pourrit et tue, la viande animale qui reconstitue les armes charnues, apparaît indemne de peau, sanguine et élégiaque. Elle est incroyablement vive, chair au canon, et nous sommes déjà mortels.
Isabelle Rabineau
exporevue.com
(novembre 2009)
(…) Cette première exposition a pour titre "Mort ou vif", tout un programme avec Dimitri Tsykalov, défendu par la galeriste Rabouan-Moussion de Paris.
Les photos de la série "Meat" ou Chair à canon, de Dimitri Tsykalov d'origine russe, vues au MEP à Paris en 2008 représentent des guérilleros avec des armes à la main, mais elles sont en réalité faites de chairs mortes, de viande crue. Rien n'est beau, le regard est rude, les dents sont prêtes à mordre. Ces individus recouverts de viande brandissent des armes dont les balles sont en réalité des saucisses. Ces images nous renvoient la violence en pleine face, la puissance du corps, la virilité. Dans une autre pièce, une femme nue dont le visage porte un masque de viande. Cette femme inerte est muselée, comme mangée, différence entre femmes et hommes. La perfection se dégage dans ce travail.
(…) Dans cette même pièce, nous remarquons "XTériors VIII", 2004 de la photographe néerlandaise Désirée Dolron. Elle s'inspire de la peinture "La leçon d'anatomie du Docteur Tulp" de Rembrandt. C'est un travail sur le corps, on n'arrive pas à distinguer si c'est un jeune homme ou une jeune femme, si l'être est mort ou apaisé, si c'est un drap de sommeil ou un drap de linceul. Notre regard est troublé, est-ce une peinture ou une photographie ? (…) Nous avons pu voir cette photo à Art Bruxelles. Cette artiste travaille ses photos pixel par pixel jusqu'à l'obsession d'où la qualité de l'image pour faire ressortir cette expression intemporelle et universelle.
Dans les pièces, nous avons un face à face de la série "Morgue" des photos classiques de Jeffrey Silverthone américain, travail de 1972, et les photos actuelles d'Andres Serrano (hondurien et afro-cubain) de New York, travail de 1992. Elles se parlent entre elles. Les corps peuvent être ailleurs, en noir et blanc, ou en couleur, décédés mais semblent vivants.
La série de Serrano a été faite dans les morgues américaines de NY en 1992. (…) Les corps sont intacts, propres, cousus tel un costume. Ils ont été autopsiés et recousus, soit suite à un coup de couteau, soit suite à un accident. (…) La composition est classique, flamande. (…)
Ces photos sont belles, elles donnent une deuxième vie. Elles peuvent paraître sordides, insoutenables. Non, elles nous font réagir afin de vivre pleinement. Dans le couloir "Airplane Crash" de Serrano, le temps s'est arrêté (montre vide), le matériel n'est plus important car il n'y a plus de temps.
Dans une autre pièce, un Caveau de Werner Reiterer (autrichien). (…) C'est un cercueil en bois d'où un avant-bras surgit, érectile, rageur, le poing en avant. On vacille par peur ou on oscille vers la rage. A choisir : on domestique ce qui nous inquiète ou l'on dépasse ce qu'on nous impose. Est-ce un homme enfermé vivant à tort ou condamné à mort par asphyxie ?
Un film de Regina José Galindo (née en 1974 au Guatemala) sur une performance faite en 2008. (…) Elle s'expose nue placée sous un drap blanc, inerte, comme une œuvre d'art aux yeux des visiteurs. Dans ce film, on peut voir les différentes réactions des visiteurs. Ils soulèvent plus ou moins ce tissu blanc, curieux et avides de savoir si cette belle nudité indécente est un cadavre ou non. Les gestes de ces personnes sont précieux. Nous les regardons avec amusement, détachement ou écœurement. (…)
On ne reste pas de marbre, cette exposition nous rappelle ce que nous voulons oublier. L'émotion est forte, puissante, avec des références mythologiques, bibliques. Nous sommes dans le spirituel, l'immatériel. On n’en sort pas indemne, nous frémissons. Certains seront choqués. Cette admirable exposition est faite pour réveiller nos consciences.
Elisabeth Petibon
Oise Hebdo
(N° 799 - 24 juin 2009)
La Fondation Francès expose actuellement des photographies prises dans des morgues, d’autres mettant en scène des individus recouverts de morceaux de viande taillés en forme d’armes. « Cela peut sembler dérangeant, glisse Estelle Francès. Nous voulons seulement faire réagir. »
Sylvain Henry
Courrier Picard
(N° 20572 - 6 octobre 2009)
(…) "Mort ou vif" est une exposition qui porte bien son nom. Pas de détours mais une succession d’émotions fortes et d’étonnements mémorables.
« Ici, remarque Hervé Francès, il est d’abord question de chacun d’entre nous, de notre rapport à la vie… et de tout ce qui suit. »