Fondation Francès
Libération
Depuis un an, deux collectionneurs de l’Oise confrontent leurs œuvres avec celles d’un artiste.
(…) Car tel est ici le principe des expositions : inviter un artiste (et sa galerie) et le mettre en dialogue avec des œuvres de la collection. Après «Famille de sang» autour de Michaël Matthys (fin 2009-début 2010) et «Mort ou Vif» autour de Dimitri Tsykalov (au printemps dernier), les «Enragés» et Ghyslain Bertholon (né en 1976) sont donc la troisième exposition de la Fondation depuis sa création en septembre 2009. A la tête de celle-ci, on trouve Estelle et Hervé Francès, un couple de collectionneurs d’une quarantaine d’années : lui créateur de l’agence de communication Oko, elle de la société de conseil en stratégie, identité et patrimoine culturels Estelle Francès Lasserre. Leur collection est aujourd’hui composée de quelque 450 œuvres de 180 artistes issus de 40 pays. Pour la faire partager, ils ont donc décidé de créer une fondation, ouverte gratuitement au public à Senlis (Oise), dans une ancienne maison (d’environ 300 m2) entièrement réaménagée.
International Herald Tribune
(Global Edition New York Times – 26 février 2010)
In pursuit of the finer things. The art of collecting art (Part 3: Foundations)
Vocation. From collection to institution.
Creating a home to protect and nuture artworks
In 2009, a couple, Estelle and Hervé Francès, set up the Fondation Francès in Senlis, France to show off their collection of 350 pieces of contemporary art, which they began to put together only five years ago. Their gallery is adjacent to their home, where they live with their three children, in the beautifully preserved medieval city near Paris made famous recently by the film ‘Seraphine’ (the true story of Séraphine Louis, a native painter from Senlis who was discovered by a German art dealer).
How to build a collection : cultivate patience, but be ready to swoop like a hawk
For the love of art. Preserved for posterity.
(…) Estelle and Hervé Francès, creators of the Fondation Francès in Senlis, France, also seek to communicate their passion for art to others, choosing "art that disturbs but inspires dialogue"for their 350-piece collection, with works by such taboo-breaking artists as Andres Serrano, Erwin Olaf and Dash Snow.
Their method for deciding whether to buy a work is to talk it through together. "I need to have the keys to explain a work to my three children", says Estelle Francès. If the couple does not agree about a pièce, they don’t buy it.
The one exception was ‘Eat Shit and Die’, an installation by Dash Snow, an American artist who died of a drug overdose last year just before his 28th birthday. Hervé wanted to buy it, but Estelle did not. "I’m okay with ‘man and his excesses’ and difficult subjects like death", she says,"but pure destruction is more difficult for me."They agreed that Snow is an important artist, however, and bought the installation anyway. "He’s a witness to our time", she says. "I still don’t have the keys to explain the work, but I’ll find them."
Le Figaro Magazine
(N°20272 – Samedi 3 octobre 2009)
Inaugurée en septembre dernier au cœur du quartier historique de Senlis, la Fondation Francès est née de la passion d’un couple de collectionneurs qui désirait ardemment partager son regard sur l’art avec le grand public. L’entrée est même gratuite.
(…) Animés par une vision particulièrement démocratique de l’art, Estelle et Hervé Francès, senlisiens et grands collectionneurs, ont ainsi décidé d’ouvrir gratuitement leur fonds d’œuvres contemporaines au public.
(…) Qu’on se le dise, si la jolie demeure classée des Francès, dotée d’un paisible jardin au pied de la cathédrale, abrita jadis prêtres et chanoines, pas question dans ses 300 m2 dédiés aux expositions, de ‘classicisme’ ni d’art consensuel !
Delphine Herbette
Beaux Arts
(N° 303 – Septembre 2009)
Actu France - Up !
Estelle et Hervé Francès
Le couple de collectionneurs lance une fondation d’art contemporain à Senlis. L’idée : faire dialoguer les œuvres d’un artiste invité avec des pièces issues de la collection et regroupant près de 150 créateurs dont Andres Serrano, Mounir Fatmi, Adel Abdessemed et Nan Goldin.
Françoise-Aline Blain
Le Parisien
(12 avril 2009)
Une fondation qui a l'art de déranger
C'est un projet de vie de famille, très intime »,résume Estelle Francès. Avec son mari, elle vient de créer la Fondation Francès.
(…) En à peine cinq ans, ils ont réuni une étonnante collection. Des artistes déjà reconnus ou d'autres qui frémissent. Ils ont écumé les foires de New York, Paris, Bâle ou Londres. « On part toujours ensemble. C'est un jeu. On visite et on tombe toujours d'accord sur les mêmes pièces. Tout se fait instinctivement », explique Estelle. « C'est un peu une drogue, une passion physique », renchérit Hervé Francès. Tout s'emboîte comme des poupées russes : la fondation et la maison familiale sont mitoyennes. « Le premier mot que mes enfants ont prononcé c'est tableau », s'amuse Hervé.
« Ce sont de véritables collectionneurs. L'aspect spéculatif ne les intéresse pas, car ils ne veulent pas vendre leurs pièces. Ils désirent surtout partager cette passion », explique Jacqueline Rabouan-Moussion, galeriste parisienne. Les « enfants » d'Estelle et Hervé sont plutôt terribles. « Les œuvres doivent être dérangeantes, pas par provocation mais il faut qu'elles racontent des histoires : les forces et les travers de l'homme. C'est ce que l'on voudra partager avec d'autres personnes : la fondation doit être un vrai lieu social où l'on dialoguera. Senlis a changé. Ce n'est pas cette caricature de ville bourgeoise que l'on colporte. Et même si cela dérange le bourgeois, ce n'est pas ce qui va nous arrêter », avertit Hervé Francès, élevé dans la fibre communiste. Le coup d'envoi ressemblera à un coup de poing. Le 26 avril, l'exposition "Mort ou vif" proposera les photos du célèbre Andres Serrano, prises dans des morgues. »
Madame Figaro
(N°20284 – Samedi 17 octobre 2009)
Mécénat au féminin, un art de vivre
Collectionneuses-nées, galeries-trotteuses sans frontières, elles incarnent une nouvelle vague de mécènes très engagés. Visionnaires mais pragmatiques, ces femmes donnent, en plus de leur soutien, un supplément d’âme au monde de l’art contemporain. Les voici à pied d’œuvre dans les coulisses de la FIAC.
(…) Jamais potiches, et de plus en plus actrices du monde de l’art, elles créent des prix, financent des expositions ou des livres, accueillent des artistes en résidence, ouvrent des fondations…, allant jusqu’à lancer des passerelles entre leur métier et leur passion ‘mécénique’, comme Estelle Francès, qui conseille les entreprises dans la création de leur fondation par le biais de sa société, au moment même où s’ouvre à Senlis sa propre fondation.
(…) Un nouveau lieu consacré à l’art contemporain qui est à la fois un centre d’exposition et galerie, l’idée état de faire dialoguer les œuvres d’un artiste avec leur collection. L’entrée est gratuite. Les visiteurs peuvent, grâce au partenariat conclu avec les galeries, acquérir les œuvres de l’artiste invité.
Patricia Boyer de Latour
Connaissance des Arts
(22 septembre 2009)
Une nouvelle fondation à Senlis
Inaugurée début septembre, la Fondation Francès est à mi-chemin entre un musée et une galerie.
(…) Situé dans un bâtiment de Senlis (à 45 km de Paris), au pied de la cathédrale du XIIe siècle, ce nouveau lieu d’art contemporain est le fruit de plusieurs années de recherches, de rencontres, d’acquisitions et de constitution d’une collection de trois cents œuvres par Hervé et Estelle Francès. A 42 ans, Hervé Francès est à la tête de l’agence de communication Okó, qu’il a créée en 1993 et qui pratique le mécénat culturel depuis 2006 par le biais d’expositions temporaires organisées avec la participation de galeries et de collectionneurs. Son épouse, Estelle, a également créé une entreprise, l’agence Arroi, qui aide les entreprises à constituer et valoriser une identité et un patrimoine culturel. Ensemble, ils ont acquis des œuvres de divers médias (tableaux, photos, vidéos et installations) réalisées par cent quarante-cinq artistes, venant de trente pays différents.
(…) Avec une programmation « choc », le couple commence fort avec des images dérangeantes qui pourraient heurter les âmes sensibles avec une première exposition intitulée "Mort ou vif".
Lucy Schwartz
Images Magazine
(N°38 – Décembre 2009 Janvier 2010)
Initiée il y a sept ans, la collection d’Estelle et Hervé Francès a commencé un peu par hasard.
(…) Pour eux, découvrir et acquérir une pièce, c'est un choix commun, souvent évidentpuisque collectionner est une pulsion intime, définie par l'histoire de chacun. Ainsi s'est dessinée instinctivement la ligne directrice de leur collection, orientée vers la nature de l'homme. Et s'ils ont toujours décidé de se tourner vers des œuvres qui les"remuent" tous les deux, ils s'efforcent désormais de faire des choix plus radicaux, moins directement parlants mais aussi riches de sens, afin de pousser l'autre dans ses retranchements.
Ils viennent par exemple, sous l'impulsion d'Hervé, de faire l'acquisition d'une installation de Dash Snow (Eat, shit and die) sur l'autodestruction. Un tournant puisque, si la transmission et la mort sont des thèmes récurrents dans leur collection, car le couple connaît ces sujets pour les avoir éprouvés, Estelle n'était pas sûre de pouvoir aborder celui-là. En cela, elle qualifie le fait de collectionner de "schizophrénique". Partager ses émotions artistiques est en effet un moyen de dire des choses et de se construire. Et c'est pour cette raison que le couple a toujours partagé ses œuvres, d'abord en famille, puis très vite auprès d'un large public en organisant des expositions dans l'agence de publicité d’Hervé.
(…) Ils décident au bout de cinq ans de créer une fondation d'entreprise, où ils présentent des expositions thématiques en partenariat avec des galeries invitées. Il s'agit pour eux d'un moyen d'échanger, de soutenir un artiste et de revaloriser le métier de galeriste, qui pâtit parfois de son image de simple marchand. Le collectionneur est un stimulateur, qui permet de faire vivre la création. Les Francès sont ainsi à l’origine de la production d'œuvres, comme dans le cas de Robert Gligorov par l'intermédiaire de sa galerie italienne.
Laurence Cornet
Point de vue
(N° 3208 – 13-19 janvier 2010)
La Fondation Francès
L’art contemporain sans lys
Le choc des cultures. Senlis, paisible ville des Capétiens, accueille depuis septembre dernier la très radicale fondation d’art contemporain d’Estelle et Hervé Francès. Entre ‘provoc’ et pédagogie…
Il se passe des choses bien étranges et pénétrantes au 27 de la rue Saint-Pierre à Senlis (…) une véritable ‘petite boutique des horreurs’ : les cadavres d’une morgue couturés comme des gigots de sept heures, un enfant soldat en treillis de combat pointant, avec ses doigts en forme de revolver, la très royale et paisible cathédrale avoisinante. Mais aussi le poing rageur d’un mort-vivant perçant le couvercle de bois d’un cercueil ou encore des scènes de repas dominicaux peintes avec le sang du pater familia… Bienvenue à la toute nouvelle fondation d’art contemporain d’Estelle et Hervé Francès !
(…) Ce jeune couple livre aux yeux et aux sens de leur voisinage une vision crue, voire cruelle, du monde, de l’homme et ses excès.
Dans le paysage (de carte postale) de Senlis, l’ouverture d’un lieu aussi politiquement incorrect n‘est pas pour passer inaperçue. (…) Ces deux agitateurs d’idées aux aspirations esthétiques radicales ont des cerveaux aussi torturés et gothiques qu’un Roger Corman ou un Tim Burton. Et cela les amuse d’avoir d’une certaine façon introduit l’esprit de Massacre à la tronçonneuse dans La Petite Maison dans la prairie.
« L’art est juste lorsqu’il est juste au-dessus de ce que nous tolérons, de ce que nous acceptons, de ce que nous imaginons. » (…) confie Estelle, plus gant de soie que gant de crin. Petit-fils d’élu communiste, Hervé, lui n’a pas peur de choquer ‘le bourgeois à œillères’.
(…) On l’aura compris chez les Francès, une exposition ne sera jamais décorative, mièvre, mais corrosive, incisive jusqu’au sang…
« Choquer pour choquer, cela ne nous intéresse pas, précise Estelle, nous préférons que les gens passent le pas de la maison. (…) Nous sommes toujours là pour accueillir les visiteurs, dialoguer avec eux. »
(…) Pour le couple, collectionner des artistes vivants « oblige à penser au futur, à ne pas s’endormir, à laisser aussi le hasard s’introduire dans leur vie ». Et d’une certaine manière, « à ne pas vieillir, ni se scléroser le cerveau et l’âme. »
Raphaël Morata
L’Officiel des Galeries et Musées
(N°38 - janvier-février 2010)
La philosophie des Francès peut paraître brutale, ne vous attendez pas à être caressé par la douce mélancolie d’une nature morte, à Senlis vous en prendrez plein les yeux. L’art dérange, choque, il n’est pas décoratif. L’intérêt n’est pas de plaire mais de faire réagir.
(…) L’idée est originale et pertinente : convier un artiste à exposer et à dialoguer avec des œuvres choisies de la collection.
(…) L’intérêt est noble et le défi audacieux : échanger, transmettre et faire découvrir l’art au plus grand nombre. Un engagement à sang pour sang !
Laure Coulon, rédactrice en chef