Senlis, ville de peintres hors du commun

Senlis, ville de peintresNon loin de Senlis, Watteau et Corot ont utilisé le parc de Mortefontaine comme toile de fond pour plusieurs de leurs œuvres. Cézanne, Picasso et les peintres de l’école de Barbizon séjournèrent également à plusieurs reprises dans la région, véritable source d’inspiration de leurs œuvres.

Senlis est une ville où la peinture trouve une résonnance toute particulière avec deux grands artistes : Thomas Couture et Séraphine Louis dite Séraphine de Senlis dont la vie a été immortalisée par le rôle de Yolande Moreau dans le film éponyme de Martin Provost.

Thomas Couture

Thomas Couture, (1815-1879) dont la statue orne le parc à proximité de la Fondation, est né à Senlis et y avait également son atelier situé au 23 rue de la Saint-Pierre (à 30 mètres de la Fondation). Plusieurs de ses œuvres sont exposées au musée d’art de la ville mais son plus célèbre tableau ‘Les Romains de la décadence’ est présenté au Musée d'Orsay. Cet immense tableau (7,72 mètres de long sur 4,72 mètres de haut) a demandé trois ans de travail à Thomas Couture. La composition de la toile rappelle Les Noces de Cana de Véronèse mais aussi les maîtres de la Renaissance et de l’école flamande. Ce tableau, représentant une bacchanale romaine, est une allégorie de la déchéance de la société française que déplore ce jacobin, républicain et anticlérical. Dans le livret qui présentait cette peinture, Thomas Couture avait d’ailleurs cité deux vers explicites du poète romain Juvénal : « Plus cruel que la guerre, le vice s’est abattu sur Rome et venge l’univers vaincu. »

Thomas Couture est également reconnu pour avoir été le professeur d'Édouard Manet (maître des impressionnistes) qui fréquentera son atelier pendant six ans et demi et de Pierre Puvis de Chavannes (figure majeure du mouvement symboliste). Edouard Manet et Thomas Couture ont eu des relations tendues, marquées par des conflits incessants. Le maître imposant des préceptes stricts, jugés presque impersonnels, l’élève répondant "Je peins ce que je vois, et non ce qu'il plaît aux autres de voir". De son apprentissage chez Thomas Couture, Edouard Manet confiait : « Je ne sais pas pourquoi je suis ici ; quand j'arrive à l'atelier, il me semble que j'entre dans une tombe. »

Thomas Couture était à sa manière un esprit rebelle. Il déplorait toute attitude égocentrique. A un éditeur qui le sollicite pour écrire sa biographie, il répond : « La biographie est l'exaltation de la personnalité et la personnalité est le fléau de notre époque. »

Séraphine de Senlis

Séraphine Louis (1864-1942) est un destin hors du commun. Orpheline de mère à un an et de père à sept ans, elle est recueillie par sa sœur aînée avant de devenir bergère puis domestique dans les familles bourgeoises de Senlis. Séraphine dont la foi chrétienne tourne au mysticisme, entend à 42 ans une Voix qui lui ordonne de peindre. Commence alors une œuvre considérable peinte la nuit à la seule lueur de la bougie, sous l’image de la Vierge. Séraphine est habitée en permanence par l'immanence de l'au-delà. Elle répète souvent : « Mon geste vient d'en Haut. »

Concevant elle-même ses couleurs avec notamment son célèbre rouge mêlant du sang de porc à de la cire de cierge, elle peint des toiles naïves, où se mêlent monde végétal et univers animal avec le motif récurrent d’une feuille tantôt plume, tantôt œil. Séraphine ne peint pas d’après modèle mais uniquement d’après ses visions.

En 1912, le collectionneur d'art allemand Wilhelm Uhde, découvreur de Picasso, Braque, Marie Laurencin ou du Douanier Rousseau, vient vivre à Senlis. Séraphine travaille alors à son service. Fortuitement, Wilhelm Uhde découvre les peintures de son employée, inspirées des vitraux de la Cathédrale Notre-Dame de Senlis. Il lui apporte son soutien jusqu’au début de la première guerre mondiale qui le conduit  à quitter précipitamment la France. Ce n’est qu’en 1927, qu’il reprendra contact avec Séraphine. Séraphine, alors âgée de 63 ans, commence à peindre de plus grandes toiles jusqu’à deux mètres de hauteur. En 1929, Uhde organise une exposition Les peintres du Cœur sacré qui permet à Séraphine d'accéder à une certaine reconnaissance et prospérité financière.  En 1930, la Grande Dépression ne permet plus à Wilhelm Uhde de soutenir Séraphine qui sombre peu de temps après dans une folie dévastatrice jusqu’à sa mort en 1942. Ses œuvres sont aujourd’hui présentes dans les collections du Musée Maillol de Paris, le musée d'art de Senlis, le musée d'art naïf de Nice et le musée d'Art moderne Lille Métropole à Villeneuve-d'Ascq.

Paradoxal destin de ses deux grands noms de la peinture senlisienne : si Thomas Couture est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 4), Séraphine Louis a été enterrée dans une fosse commune. On n’a jamais retrouvé son corps.